La Société suisse des entrepreneurs prépare la succession de son président central: en effet, après douze années en poste, Gian-Luca Lardi atteindra en fin d’année la limite statutaire de durée des fonctions. Lors de l’assemblée qui s’est tenue aujourd’hui à Olten, les délégués de la SSE se sont prononcés en faveur de la candidature de Christian Wasserfallen. L’élection définitive aura lieu lors de l’Assemblée générale de la SSE, le 26 juin 2026.
Outre le membre du Conseil national Christian Wasserfallen, Martin Keller, responsable de la division Immobilier Suisse chez Sika, ainsi que l’entrepreneur valaisan Manfred Schmid se sont également portés candidats. Les délégués ont décidé de proposer officiellement la candidature de M. Wasserfallen à l’Assemblée générale.
Originaire de Berne, Christian Wasserfallen, 44 ans, est ingénieur HES en génie mécanique, président d’Infra Suisse, membre du Comité central de la SSE et président du conseil d’administration de Walo Bertschinger AG Bern. Engagé en politique, il siège pour le PLR au Conseil national.
Dans le cadre de sa candidature, Christian Wasserfallen a souligné l’importance du secteur principal de la construction pour la Suisse: «Le secteur principal de la construction apporte une contribution essentielle à la stabilité économique et au développement de notre pays. Pour que la mise en œuvre des projets de construction puisse se faire efficacement, la Suisse a besoin de logements en nombre suffisant, d’infrastructures performantes et de conditions-cadres équitables. Dans le même temps, nous devons investir de manière ciblée dans la formation et mener à bien la transformation numérique de manière à ce qu’elle se traduise par de réels gains de productivité, en particulier pour nos PME.»
La nomination officielle de Christian Wasserfallen reste toutefois soumise au vote de l’Assemblée générale de la Société Suisse des Entrepreneurs, le 26 juin 2026. Originaire de Poschiavo, Gian-Luca Lardi préside la SSE depuis 2015 et finira son mandat à la fin de l’année 2026.
L’Assemblée générale de la SSE élira cette année un nouveau président central. Trois candidats se présentent à la succession de Gian-Luca Lardi, en poste depuis 2015 et dont le mandat arrive à échéance à la fin de l’année. La JSE a posé trois questions essentielles pour le secteur de la construction à Martin Keller Christian Wasserfallen Manfred Schmid.
Martin Keller
Quelles sont d’après vous les trois principaux défis de notre branche?
Les trois principaux défis sont pour moi la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, les retards dans la construction et les inégalités au sein de notre branche.
Quelle est votre approche? Quelles sont les solutions?
Assurer la relève: Nos entreprises ont de plus en plus de mal à enthousiasmer la jeunesse avec nos superbes métiers. Il faut donc continuer à renforcer la formation et le perfectionnement au sein du secteur principal de la construction, et aussi favoriser les reconversions professionnelles. Les conditions de travail doivent évoluer avec leur temps. Les collaborateurs sont le capital de nos entreprises et ils veulent se sentir appréciés.
Des autorisations plus rapides: les oppositions et divers obstacles bureaucratiques entraînent des retards de plus en plus fréquents dans les projets de construction. Nous devons davantage sensibiliser à l’importance de procédures d’autorisation efficaces et nous engager activement en faveur de modifications législatives visant à accélérer les procédures de planification et d’autorisation, et ce à tous les niveaux politiques.
Égalité des chances: l’équité est acquise lorsque tous ceux qui travaillent dans le secteur principal de la construction disposent des mêmes conditions. Il faut combattre le dumping salarial, les embauches illégales et l’usage abusif de la faillite. Des informations complètes doivent à ce titre être fournies, et les conséquences doivent être connues.
Qu’est-ce qui est particulièrement important pour vous dans le travail associatif?
Le bottom-up avant le top-down: la Suisse est fédérale et il en va de même à la SSE. Les décisions ne doivent pas toujours être prises de haut en bas. En effet, qui travaille à la base, connaît le mieux les besoins de la branche. S’affirmer davantage: le secteur principal de la construction ne fait pas qu’apporter une contribution significative à la stabilité économique de la Suisse, il joue également un rôle déterminant pour les infrastructures sociales et la création de valeur régionale. Nous pouvons être fiers de nos réalisations et devons les mettre davantage en avant. C’est ainsi que nous obtiendrons la reconnaissance que nous méritons. Le dialogue plutôt que la confrontation: le partenariat social ne peut fonctionner que si l’on entretient un dialogue stable fondé sur l’objectivité, le respect mutuel et, surtout, le long terme. Des échanges réguliers permettront de dissiper les malentendus et de trouver des solutions communes.
Christian Wasserfallen
Quelles sont d’après vous les trois principaux défis de notre branche?
Permettre la réalisation de projets de construction à coût raisonnable: la réalisation de logements et d’infrastructures en nombre suffisant marque le pas; diverses conditions-cadres et oppositions empêchent les investissements ciblés. Des infrastructures efficaces sont indispensables pour l’avenir. Disposer de main d’œuvre en quantité suffisante et la former et la transformation numérique comme opportunité: il n’est pas juste question de numérisation à proprement parler, mais de vrais gains de productivité dans la branche et de qualité, et non pas d’efforts inutiles.
Quelle est votre approche? Quelles sont les solutions?
En matière d’aménagement du territoire, il faut élargir les possibilités de reclassement en zone à bâtir. La protection des monuments historiques (enjeu de l’ISOS) doit être ramenée à l’essentiel, et les oppositions abusives doivent être supprimées. L’efficacité de la nouvelle CN doit être évaluée en permanence. Les projets d’infrastructure prévus dans la proposition «Transports ’45» doivent être réalisés rapidement dans toutes les régions. Lors de l’adjudication, il convient de privilégier les projets qui proposent l’offre la plus avantageuse et non le prix le plus bas.
En matière de main d’œuvre, nous avons besoin d’une stratégie de promotion des métiers efficace, comme la plateforme professions-construction.ch, d’une implication active, par exemple des parents et des enseignants, ainsi que de profils professionnels modernes et attrayants, susceptibles notamment d’attirer les personnes en reconversion professionnelle.
Les nouveaux outils que sont le BIM ne sont efficaces que si des règles et normes claires sont mises en place pour toutes les parties prenantes – des maîtres d’ouvrage aux planificateurs en passant par les ingénieurs et entrepreneurs. J’analyse les solutions au regard de la capacité à être adaptées aux PME.
Qu’est-ce qui est particulièrement important pour vous dans le travail associatif?
La solidarité et le soutien de toutes les régions sont essentiels dans le travail associatif. La SSE apporte une valeur ajoutée à ses membres et s’impose comme un leader d’opinion de premier plan, bénéficiant d’un réseau solide au niveau fédéral avec les associations faîtières, le Parlement et l’administration. Mon bilan en tant que président d’Infra Suisse et ma connaissance approfondie du secteur et des dossiers constituent en ce sens une base solide. Je comprends les rouages du Parlement fédéral et je souhaite les mettre au service de nos intérêts en m’appuyant sur des positions bien fondées.
Manfred Schmid
Quelles sont d’après vous les trois principaux défis de notre branche?
Un des plus grands défis est la cohésion au sein de l’association. La Suisse est emprunte de fédéralisme, chaque région a ses propres besoins, et la SSE doit malgré tout parler d’une seule voix. Les conditions-cadres et la réglementation croissante mettent le secteur sous pression. L’objectif «zéro émission nette en 2050» impose d’importants investissements, surtout pour les PME, et des contraintes supplémentaires alourdissent le quotidien. Un autre défi est celui de la formation. Le Masterplan 2030 fixe le cap, mais recruter des apprentis/es reste difficile.
Quelle est votre approche? Quelles sont les solutions?
La cohésion peut être renforcée, si les régions sont prises au sérieux et impliquées. Originaire d’un canton bilingue, je connais la sensibilité des régions linguistiques et me sens comme un bâtisseur de pont. Je veux être présent et assumer mes responsabilités à Zurich. Nous ne pouvons influer sur les conditions-cadres que si nous nous impliquons politiquement. La SUVA est un exemple: nos représentants au sein des organes de la SUVA doivent faire preuve d’esprit critique. Avec un taux de solvabilité de 190% bien supérieur au minimum légal, on peut se demander si la branche ne paie pas trop cher. Les remboursements et les adaptions doivent être examinés. La formation reste un enjeu central. Un budget de 1,6 million a été alloué; les centres de formation font du bon travail et doivent être encore renforcés afin que la formation reste moderne et axée sur la pratique.
Qu’est-ce qui est particulièrement important pour vous dans le travail associatif?
La transparence vis-à-vis des sections et des membres est pour moi essentielle, car elle instaure la confiance. Les délégués doivent recevoir les documents dans leur intégralité et en temps utile, afin de disposer de suffisamment de temps pour discuter de sujets complexes. En tant que président, je souhaite rester visible et recueillir les préoccupations directement sur le terrain. En l’absence de réseaux d’influence, je peux agir en toute indépendance. La SSE doit clairement se présenter comme une association d’entrepreneurs. Avec plus de 20 milliards de chiffre d’affaires et 90 000 employés/es, nous jouons un rôle systémique et devons nous affirmer avec assurance. Les discussions que j’ai eues durant ma campagne m’ont montré à quel point notre association est active et me confortent dans ma décision d’assumer cette tâche.